
Si Boyfred découpe et déchire des papiers de toutes natures, tantôt lisses ou grainés, parfois bruts, abîmés ou tachés, il compose avant tout, agence et assemble selon une mécanique singulière à défaire les images en ust de différentes techniques plastiques.
À une époque où les images sont nommées et écrites, considérez le collage comme un détournement, une économie et une écologie. Boyfred souhaite redonner sens aux rebuts, aux détritus, aux déchets imprimés de toutes sortes, aux images éphémères des magazines et des journaux jetables.
Contre les images trop lisses, numériques, consuméristes, puritaines ou porno chic, on pourrait dire qu'il fait des images contra les images. Il pratique un art de la variation sur le mode du découpage comme une répétition sans pléonasme, un recyclage marqué par un questionnement des stéréotypes et une mise en doute des représentations.
Le collage permet tout particulièrement au sens des images de se transformer et cette transformation apprend souvent quelque chose sur la société et sur soi-même. Il semble que les images fassent largement partie de la réalité de Chacun, le collage est appréhendé comme une tentative de modifier la mécanique de son regard sur les choses et de façonner sa propre réalité.
Découper, associer des fragments, composer la réalité pour la transformer, détourner des messages, révéler une époque à rebours du mainstream sont autant de gestes qui caractérisent le travail de Boyfred.
Il coupe, il assemble, il peint et il colle avec le désir de voir plus vif. Le collage est pour Boyfred plus un état d'esprit créatif qui unit simplement la technique.
Dans ses œuvres les plus récentes, le corps est interrogé et passé au scalpel en lien avec le travail d'une anatomie du désir. C'est une façon d'interroger la nature de l'homme à l'état de nature, questionner son animalité que les règles sociales bien souvent étouffent et contraignent.
Quand les images de toutes natures qui nous environnent conditionnent nos représentations du corps et façonnent dans une large mesure l'image que l'on souhaite donner de soi-même aux autres, tout autant que l'image que nous avons de nous-même, le travail de Boyfred s'inscrit à rebours du culte du beau stéréotype et du paraître à tout prix, copie conforme de corps qui s'affiche aussi comme le signe d'un conformisme des comportements et des pensées. Les affiches décollées, symptôme d'une hyperconsommation et de la publicité à outrance, sont déchirées et n'ont plus rien à vendre. Ils apparaissent dans les lambeaux de signes graphiques et visuels. Désormais déchirées, devenues dérisoires et inefficaces, les apparaissent fragiles comme les corps musclés qui se montrent si forts et puissants quand ils en ont que l'apparence éphémère.
Le regard critique de Boyfred est interrogatif, mas jamais donné de leçon comme en atteste l'Autoportrait au buste antique où l'ironie flirte avec l'auto-critique.
Faire rire ou sourire, exprimer le désir ou le dégoût, toucher le spectateur pour qu'il devienne acteurs de lui-même : questionner sa propre image afin d'interroger son identité intime et sociale. C'est peut-être aussi la possibilité de se regarder un instant sans comparaison ni modèles et de mieux laisser apparaître ces derniers.
Moins souvent mis en avant que le corps féminin et ses appas, ces collages mettent en lumière le corps des hommes afin d'éclairer ce qu'ils peuvent mobiliser et ce que leur image construite et déconstruit de représentations en exposant certains mécanismes du regard.
Ainsi, les collages de Boyfred participant à nous rappellent que les images nous font et nous refont sans cesse, et parfois nous défont pour mieux nous faire d'une façon nouvelle.